Le barème kilométrique fiscal ne bouge pas entre 2024 et 2025 : mêmes coefficients par cheval fiscal, mêmes tranches de kilomètres. Ce gel masque un problème concret pour quiconque lance une simulation frais kilometrique : les coûts réels de mobilité continuent de grimper, et l’écart entre l’indemnité théorique et la dépense effective se creuse différemment selon le statut.
Un salarié remboursé au forfait maison, un artisan qui déduit au barème et un commercial itinérant avec véhicule de fonction ne tirent pas les mêmes conclusions du même simulateur.
Majoration véhicule électrique : le levier que la simulation ignore souvent
Le résultat du barème kilométrique est majoré de 20 % pour les véhicules 100 % électriques. Cette majoration s’applique au montant total calculé, y compris la part fixe de la tranche intermédiaire. Sur une simulation, cela signifie qu’à kilométrage identique et puissance fiscale égale, le passage à l’électrique gonfle mécaniquement l’indemnité sans modifier un seul trajet.
La conséquence varie selon le profil. L’artisan en BNC ou BIC réel qui utilise le barème pour déduire ses déplacements professionnels capte directement la majoration dans son résultat fiscal. Le salarié, lui, n’en bénéficie que s’il opte pour la déduction des frais réels sur sa déclaration de revenus, et que son employeur ne plafonne pas le remboursement via un barème interne inférieur.
Nous observons un angle mort fréquent chez les commerciaux itinérants : l’entreprise applique un forfait kilométrique maison qui ne reprend pas la majoration électrique. Le salarié roule en électrique, mais son indemnité reste calculée sur le barème thermique. La simulation doit donc intégrer deux paramètres distincts : le barème fiscal (avec majoration) et le barème employeur (parfois sans).

Simulation frais kilometrique pour un artisan : barème ou frais réels, le bon arbitrage
Un artisan qui utilise un véhicule utilitaire inscrit à l’actif de l’entreprise n’a aucun intérêt à simuler au barème. L’amortissement du véhicule, le carburant sur facture, l’entretien et la récupération de TVA (intégrale sur un utilitaire) dépassent presque systématiquement le montant forfaitaire du barème kilométrique.
Le barème devient pertinent dans un cas précis : l’artisan qui utilise son véhicule personnel pour ses trajets professionnels. Devis chez un client, réunion fournisseur, déplacement administratif. Ces trajets, souvent courts et dispersés, ne justifient pas la tenue d’un carnet de factures carburant dédié. Le barème simplifie la déduction.
Attention aux micro-entrepreneurs : la déduction des frais kilométriques n’existe pas en micro-BIC ni en micro-BNC. L’abattement forfaitaire couvre théoriquement l’ensemble des charges, déplacements inclus. Lancer une simulation au barème quand on relève du micro-régime revient à calculer un montant qu’on ne pourra pas déduire.
Quote-part professionnelle : le point de contrôle
Quand le véhicule est mixte (usage personnel et professionnel), l’administration attend une quote-part professionnelle justifiable. Le kilométrage total annuel, le kilométrage professionnel et la nature des trajets doivent figurer dans un relevé. Un agenda de rendez-vous, un carnet de bord ou une application de suivi GPS constituent des justificatifs recevables. Sans cette ventilation, le barème s’applique au kilométrage total, ce qui expose à un redressement sur la fraction personnelle.
Salarié et commercial itinérant : distinguer barème fiscal et politique de remboursement interne
Le salarié qui déclare ses revenus dispose de deux options : l’abattement forfaitaire de 10 % ou la déduction des frais réels. La simulation frais kilometrique ne sert que dans le second cas. Pour que le basculement en frais réels soit rentable, le total des frais kilométriques (plus éventuellement repas, double résidence, etc.) doit dépasser l’abattement de 10 %.
Le commercial itinérant cumule un volume de kilomètres élevé et des frais annexes (péages, stationnement, repas hors domicile). C’est le profil pour lequel la simulation produit l’écart le plus net entre les deux régimes. Nous recommandons de simuler systématiquement les deux options chaque année, car un changement de secteur géographique ou de fréquence de déplacement peut inverser le résultat.
Remboursement employeur et indemnités kilométriques : ce qui entre dans la simulation
L’Urssaf exonère de cotisations sociales les indemnités kilométriques versées par l’employeur à condition qu’elles ne dépassent pas les limites du barème fiscal et que l’employeur puisse justifier la réalité des déplacements. Si l’entreprise applique un barème maison supérieur au barème fiscal, la fraction excédentaire est soumise à cotisations.
Pour le salarié, la simulation doit alors croiser trois données :
- Le montant remboursé par l’employeur (barème interne ou barème fiscal)
- Le montant calculé au barème fiscal, majoré de 20 % si le véhicule est électrique
- Le coût réel supporté (carburant, assurance, entretien, dépréciation), documenté par justificatifs
Si le remboursement employeur couvre déjà le barème fiscal, opter pour les frais réels sur la déclaration personnelle n’apporte rien, sauf si les frais réels dépassent le barème. C’est le cas typique du commercial qui roule avec un véhicule ancien à forte consommation.
Erreurs fréquentes qui faussent la simulation selon le statut
Chaque profil tombe dans un piège différent au moment de simuler ses frais kilométriques. Voici les plus courants :
- Artisan en micro-entreprise : simule au barème alors que le régime micro ne permet aucune déduction supplémentaire. Le résultat de la simulation est inutilisable fiscalement.
- Salarié avec véhicule de fonction : tente de déduire des frais kilométriques alors que l’avantage en nature du véhicule de fonction est déjà fiscalisé. La simulation ne s’applique qu’au véhicule personnel.
- Commercial avec barème employeur plafonné : ne compare pas le barème interne au barème fiscal majoré électrique, et passe à côté d’un différentiel déductible en frais réels sur sa déclaration.
- Tous profils : oubli des trajets domicile-lieu de travail au-delà de 40 km. L’administration limite la déduction à 40 km par trajet (aller simple) sauf justification d’un éloignement contraint. La simulation doit plafonner ce paramètre.

La simulation frais kilometrique n’a de valeur que si elle intègre les spécificités du statut, le type de véhicule et la politique de remboursement applicable. Un artisan au réel, un salarié en frais réels et un commercial remboursé au forfait ne renseignent pas les mêmes paramètres. Lancer le même simulateur générique pour les trois profils produit trois résultats faux.

