Votre fiche de paie affiche des heures supplémentaires, et pourtant votre impôt sur le revenu ne semble pas baisser autant que prévu. La raison tient à un mécanisme d’exonération plafonné, combiné à un système de tranches qui brouille la lecture du gain réel. Comprendre l’imposition des heures supplémentaires, c’est d’abord savoir où commence et où s’arrête l’avantage fiscal.
Plafond d’exonération à 7 500 euros : un maintien politique fragile
Le dispositif actuel exonère d’impôt sur le revenu les rémunérations issues d’heures supplémentaires, dans la limite de 7 500 euros nets imposables par an. Ce plafond a été maintenu pour 2026, alors que sa suppression avait été envisagée lors des débats budgétaires.
Ce maintien n’est pas acquis sur le long terme. Il résulte d’un arbitrage politique qui pourrait être remis en cause lors d’une prochaine loi de finances. Pour un salarié qui planifie ses heures supplémentaires en fonction du gain fiscal, cette incertitude compte.
Concrètement, tant que vos heures supplémentaires restent sous ce seuil annuel, les revenus correspondants ne sont pas ajoutés à votre revenu imposable. Au-delà, chaque euro supplémentaire est taxé normalement, selon votre tranche marginale d’imposition.

Heures supplémentaires et revenu fiscal de référence : le piège méconnu
Vous avez peut-être remarqué que vos heures supplémentaires défiscalisées apparaissent quand même sur votre avis d’imposition ? C’est normal. Les heures exonérées restent intégrées au revenu fiscal de référence (RFR), même si elles ne sont pas soumises à l’impôt.
Le RFR sert de critère pour de nombreuses aides et avantages : taxe d’habitation sur les résidences secondaires, exonération de certaines taxes, accès aux bourses scolaires, tarification en crèche. Un RFR gonflé par les heures supplémentaires peut donc faire perdre un avantage social qui coûte davantage que l’économie d’impôt réalisée.
Avant de multiplier les heures supplémentaires, vérifiez si votre RFR actuel se situe près d’un seuil d’éligibilité. Le gain net réel ne se limite pas à la ligne « impôt sur le revenu ».
Case 1GH de la déclaration de revenus : où déclarer les heures défiscalisées
Sur votre déclaration d’impôt, les heures supplémentaires exonérées doivent figurer dans une case spécifique. Pour le déclarant principal, il s’agit de la case 1GH. Pour le conjoint, la case équivalente est la 1HH.
En principe, votre employeur transmet ces montants à l’administration fiscale, et ils apparaissent pré-remplis. Un réflexe à adopter : vérifier que le montant inscrit en case 1GH correspond bien au total figurant sur vos bulletins de paie.
Que vérifier sur votre déclaration pré-remplie
- Le montant en case 1GH doit correspondre à la somme des heures supplémentaires exonérées de l’année, plafonné à 7 500 euros
- Votre salaire net imposable en case 1AJ ne doit pas inclure les heures supplémentaires déjà reportées en 1GH (sinon vous payez l’impôt deux fois sur la même somme)
- Si vous avez dépassé le plafond, la fraction excédentaire doit rester en 1AJ avec le reste de votre salaire
Une erreur fréquente : un salarié qui bascule manuellement ses heures en 1GH sans retirer le même montant de 1AJ. L’administration ne corrige pas automatiquement ce type de doublon. Un contrôle croisé entre les cases 1AJ et 1GH évite une sur-imposition.
Imposition des heures supplémentaires au-delà du plafond : calcul par tranche
Que se passe-t-il quand vos heures supplémentaires dépassent les 7 500 euros exonérés ? La fraction excédentaire rejoint votre revenu imposable ordinaire et subit le barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Supposons que votre revenu imposable (hors heures sup) vous place en haut d’une tranche à 30 %. Chaque euro d’heure supplémentaire au-delà du plafond sera taxé à 30 %, auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux. Le taux réel d’imposition de l’heure sup excédentaire dépend de votre tranche marginale.
Pour un salarié situé dans la tranche à 11 %, l’impact reste modéré. Pour un salarié dans la tranche à 30 % ou au-delà, le gain net par heure supplémentaire chute significativement une fois le plafond franchi.
Cotisations sociales et prélèvement à la source
Les heures supplémentaires bénéficient d’une réduction de cotisations salariales, distincte de l’exonération fiscale. Cette réduction s’applique directement sur la fiche de paie, quel que soit le plafond de 7 500 euros.
Côté prélèvement à la source, votre employeur applique un taux qui ne tient pas compte de l’exonération en temps réel. Vous pouvez donc constater un prélèvement mensuel supérieur à ce que vous devrez réellement. La régularisation intervient lors de la déclaration annuelle, sous forme de remboursement ou d’ajustement.

Extension de la déduction patronale aux grandes entreprises : un effet indirect sur les salariés
Un changement récent concerne les employeurs. La déduction forfaitaire de cotisations patronales sur les heures supplémentaires, auparavant réservée aux petites et moyennes structures, est désormais étendue aux entreprises de 250 salariés et plus.
Pour le salarié, rien ne change sur la fiche de paie. L’effet est indirect : en réduisant le coût complet d’une heure supplémentaire pour l’employeur, ce dispositif encourage les grandes entreprises à proposer davantage d’heures supplémentaires plutôt que de recruter. Le volume d’heures sup proposé peut augmenter dans les grands groupes.
Si votre employeur vous propose plus d’heures supplémentaires qu’auparavant, cette évolution réglementaire en est probablement la raison.
Simuler son imposition réelle avant d’accepter des heures supplémentaires
Plutôt que de raisonner en brut, prenez le réflexe de calculer le gain net après impôt de chaque heure supplémentaire. Trois paramètres suffisent :
- Votre tranche marginale d’imposition actuelle (visible sur votre dernier avis d’imposition)
- Le cumul de vos heures supplémentaires exonérées depuis janvier, pour savoir si vous approchez du plafond de 7 500 euros
- Votre revenu fiscal de référence et les seuils d’aides auxquels vous êtes éligible
Un salarié dans la tranche à 11 % qui n’a pas atteint le plafond conserve la quasi-totalité de sa rémunération supplémentaire. Le même salarié, une fois le plafond dépassé et passé en tranche à 30 %, ne garde qu’une fraction sensiblement réduite de chaque euro gagné en heures sup.
L’imposition des heures supplémentaires n’est pas un sujet binaire entre « exonéré » et « imposé ». C’est un curseur qui se déplace au fil de l’année, et qui mérite d’être suivi de près, surtout entre octobre et décembre quand le plafond approche.

