Un mouvement de retrait massif des capitaux a été observé sur les principales plateformes d’échange de cryptomonnaies, avec une réduction significative du volume des transactions sur Bitcoin. Certains acteurs institutionnels, qui affichaient jusqu’ici une position haussière, ont commencé à liquider leurs portefeuilles, contredisant les anticipations du marché.La volatilité accrue de l’actif, amplifiée par des annonces de régulateurs internationaux et des ajustements techniques du réseau, a modifié les équilibres traditionnels. Des arbitrages complexes émergent, alors que les stratégies des mineurs et des grands investisseurs évoluent face à ce nouvel environnement.
Comprendre la récente chute du bitcoin : un contexte sous tension
Depuis son pic à 126 269 $ en octobre 2025, le bitcoin a reculé de 31 %, pour passer sous les 87 000 $. Le 21 novembre, la reine des cryptomonnaies flirtait encore avec les 80 000 $, rendant à l’oubli près de 35 % de sa capitalisation en quelques semaines. Les investisseurs, déstabilisés par la volatilité du cours, surveillent le moindre frémissement macroéconomique.
La Réserve fédérale américaine (Fed) a abaissé ses taux de 0,25 point début décembre 2025, mais le ton prudent de Jerome Powell a douché les ardeurs : une unique baisse supplémentaire est évoquée pour 2026. Pendant ce temps, la Banque du Japon (BOJ) va à contre-sens, annonçant une hausse de 0,25 point en décembre. Le yen se raffermit alors nettement, activant des stratégies de carry trade qui pèsent sur l’ensemble du marché des cryptomonnaies.
Différents facteurs nourrissent cette fragilité et expliquent le climat actuel :
- Bitcoin reste perçu comme un actif risqué, vulnérable à la moindre annonce sur les plans monétaire ou réglementaire.
- La nouvelle réglementation baptisée MiCA, adoptée par l’Union européenne, ajoute son lot d’incertitudes au-dessus du secteur des actifs numériques.
Le mouvement des capitaux s’intensifie : des investisseurs institutionnels mettent désormais la priorité sur l’Intelligence Artificielle (IA), dont la dynamique attire de nouveaux flux. Désormais, la corrélation entre actions technologiques et cryptos se resserre, rendant la nervosité quasi permanente sur le marché. Les déboires de FTX en 2022 laissent un souvenir cuisant : la confiance s’étiole, la liquidité se fait rare.
Quels facteurs ont réellement déclenché la baisse du BTC ?
Derrière la baisse du BTC, on retrouve un enchaînement d’éléments d’ordre technique et macroéconomique. La Banque du Japon (BOJ) a surpris tout le monde avec l’annonce d’une hausse de taux en décembre 2025. Cette décision a mis un terme immédiat au carry trade : ceux qui empruntaient à bas coût en yen pour investir sur le bitcoin ont dû procéder à des ventes massives, déclenchant une vague baissière sur l’ensemble du marché des cryptomonnaies.
L’utilisation accrue de l’effet de levier n’a rien arrangé. Plus de 700 millions de dollars de positions fortement risquées ont été liquidés, amplifiant la panique vendeuse. Sur Binance ou Bybit, les ventes forcées se sont enchaînées, précipitant la chute du cours.
Du côté des produits financiers adossés à la principale cryptomonnaie, les ETF Bitcoin américains comme ceux de BlackRock (IBIT) et Fidelity (FBTC) ont vu sortir plus de 2,7 milliards de dollars en cinq semaines. Privilégiés des institutionnels, ces ETF ont joué un rôle d’accélérateur dans la correction. Morgan Stanley et Merrill Lynch proposent désormais l’accès à ces produits pour leurs clients, sans parvenir à dompter cette volatilité persistante.
L’environnement réglementaire reste un dossier sensible. Entre l’entrée en vigueur du règlement MiCA sur le continent européen et la montée en puissance de nouveaux projets de loi américains, mieux vaut rester prudent. Même le soutien affiché par certaines figures politiques ne suffit pas à rassurer : c’est la liquidité et l’appétit pour le risque qui font la tendance, bien plus que les discours.
Stratégies des investisseurs et des mineurs face à la volatilité
La tension se fait sentir sur le marché du bitcoin, obligeant les différents profils d’investisseurs à s’adapter. Institutionnels et particuliers ajustent leurs portefeuilles, multiplient les arbitrages, et surveillent de près chaque signal susceptible de déclencher une nouvelle vague baissière. Les flux enregistrés sur Binance, Bybit et OKX montrent que l’activité sur le marché spot reste dense, en particulier du côté asiatique où la moindre secousse du cours provoque des ventes en rafale.
Côté mineurs de bitcoin, le temps est à la résistance. Avec une valeur du bitcoin en baisse et des coûts incompressibles, beaucoup sont contraints de vendre une part importante de leurs réserves juste pour couvrir leurs charges. Cette mécanique, classique lors des corrections, amplifie à son tour la pression vendeuse. Certains doivent alors faire des choix : solder une partie de leur production, ralentir le rythme voire s’écarter du jeu.
De nombreux spécialistes rappellent que le climat mental des investisseurs pèse lourd dans l’équation. L’incertitude autour de la politique monétaire de la Fed entretient l’attentisme. D’autres mettent en avant la dynamique particulière des ETF : si ces produits continuent, à long terme, d’absorber davantage de bitcoins que ce que le minage permet de produire, alors une nouvelle logique de rareté pourrait voir le jour, conduisant à une réorganisation des stratégies d’accumulation.
Trois tendances stratégiques se dégagent nettement :
- Des ventes accélérées chez les mineurs, qui restent sous pression financière permanente.
- Un mouvement de rotation vers d’autres segments jugés moins exposés, le secteur IA notamment.
- Une gestion dynamique des positions, souvent au jour le jour, sur les plateformes majeures.
Dans ce climat de vigilance, quelques fonds avisés profitent des replis pour renforcer leurs avoirs, persuadés que les cycles du marché des cryptomonnaies tiennent encore en réserve de réelles opportunités, accessibles à ceux qui savent patienter.
Vers un rebond ou une nouvelle ère pour le bitcoin ? Les scénarios envisagés
Le marché du bitcoin hésite entre rechute et renaissance. Pour certains analystes, le récent changement de tendance, mis en avant par Peter Brandt, éveille tous les doutes. D’autres affichent un scénario résolument plus optimiste : les équipes de Grayscale misent sur un retour aux sommets dans un horizon de six mois. Le consensus, lui, reste fuyant.
Les partisans d’une reprise misent sur plusieurs leviers : la stabilisation des flux dans les ETF Bitcoin, l’absorption progressive de la surchauffe due à l’effet de levier, et une clarification du cadre européen autour de MiCA. Si la demande institutionnelle repart, notamment grâce aux accès facilités par les grands acteurs de la gestion d’actifs, un soutien du cours du Bitcoin pourrait s’affirmer. Pourtant, aucune euphorie : le marché reste hypersensible aux annonces de la Fed, comme l’a montré la réaction immédiate à la limitation du calendrier des baisses de taux à une seule échéance pour 2026.
Scénarios envisagés :
- Un rebond technique si la barre des 80 000 dollars tient, soutenu par de nouveaux flux sur les ETF.
- Une consolidation prolongée avec un marché qui persiste à osciller, alors que l’engouement se concentre sur l’IA.
- L’ouverture d’un nouveau cycle de maturité : une adoption qui s’élargit, une volatilité qui s’apaise, mais une croissance qui ralentit.
Tout le monde ne partage pas l’optimisme de Grayscale. Certains stratèges gardent leurs distances, évoquant une respiration après des excès démesurés. Dès lors, le chemin du bitcoin passera par sa capacité à absorber l’instabilité, à marier audace et prudence, pendant que les grandes valeurs technologiques fixeront le tempo des désirs numériques. La suite s’écrira dans le mouvement : le bitcoin peut-il encore surprendre, ou a-t-il déjà écrit le chapitre le plus explosif de son histoire ?


